
Lorsque des dispositifs et des services adaptés sont mis en place pour accueillir et accompagner les enfants ayant vécu des événements traumatisants en contexte d’urgence, ceux-ci bénéficient d’un soutien essentiel à leur rétablissement. Ils peuvent progressivement retrouver leur équilibre psychologique, renforcer leur estime de soi et regagner confiance en eux. Cet accompagnement favorise également leur réinsertion sociale et leur permet de participer activement, en tant qu’acteurs à part entière, à la vie de leur communauté.
C’est dans ce contexte particulièrement difficile que le projet Joining Forces For Food Security and Child Protection in Emergencies (JF-FS&CPiE), mis en œuvre par Terre des Hommes Suisse en partenariat avec ADC/PDE, est intervenu afin de renforcer les mécanismes de protection de l’enfant et d’apporter une réponse adaptée aux besoins des enfants affectés par les crises.
L’histoire de Taïbata, âgée de 16 ans, vivant au secteur 05 de Kongoussi, Burkina Faso, illustre une situation de vulnérabilité à laquelle de nombreuses filles peuvent être confrontées en contexte de crise. Très tôt exposée à un risque de mariage d’enfant et forcé, sa situation a nécessité une intervention urgente des acteurs de la protection de l’enfant. Grâce à l’identification du cas par un animateur communautaire et à la collaboration avec les services de l’Action sociale, un processus d’accompagnement a été engagé afin de garantir le respect de ses droits et sa sécurité. Cette histoire met en lumière l’importance de la mobilisation communautaire et de l’intervention coordonnée pour la protection des enfants.
- Peux-tu te présenter à nous?
Je m’appelle Taïbata, j’ai 16 ans et suis originaire d’un village relevant de la commune de Kongoussi. Je suis orpheline de père. Aujourd’hui, je réside au secteur 05 de Kongoussi, dans une famille d’accueil.
- Comment tu t’es senti pendant les moments difficiles de la crise ?
Ma vie paisible a été bouleversé à partir du décès de notre père. Au village, nous étions deux enfants , ma grande sœur et moi, avec nos deux parents (Maman et Papa). A cette époque, la vie semblait parfaite. Notre vie a basculé lorsque papa est tombé gravement malade. Malgré les efforts pour le soigner, la maladie a fini par l’emporter, nous laissant dans une profonde tristesse et confrontés à de nombreuses difficultés. Depuis ce jour, notre condition de vie a commencé à se dégrader progressivement. Les autres membres de la famille se sont éloignés, laissant Maman seule à subvenir à nos différents besoins.
Après deux années dans ces conditions, ma mère a été contrainte de quitter la famille pour se remarier. Son départ de la famille a créé un vide dans ma vie. Je me sentais seule, n’ayant personne à qui me confier, ma grande sœur étant déjà mariée. C’est pendant cette période également que notre village a été la cible d’attaques terroristes, forçant la population à fuir vers la ville de Kongoussi.
Une fois arrivé à Kongoussi, certains de mes oncles envisageaient de me donner en mariage. Informée de la situation, j’ai rapidement quitté les membres de ma famille pour aller vivre chez la grande sœur de ma mère. Quelques mois plus tard, ma famille m’avait trouvé un prétendant, contre ma volonté. Lorsque j’ai appris cette nouvelle, j’ai été profondément triste car mes oncles voulaient se débarrasser de moi. Bien que je n’aie pas eu l’opportunité d’aller à l’école, j’ai toujours voulu apprendre un métier afin de me construire un avenir meilleur, plutôt que de me marier à un jeune âge.
Ma souffrance grandissait de jour en jour. J’ai alors pris la décision de fuir loin de ma famille pour échapper à ce projet de mariage forcé. Je me suis alors retrouvée dans une situation très difficile, sans soutien familial et avec un profond sentiment d’abandon. Je voulais seulement retrouver ma place au sein de ma famille sans être obligée de me marier. Un jour, j’ai accompagné une amie membre du club des enfants à une séance d’animation. Peu à peu, je me suis intéressé aux activités proposées. C’est ainsi que j’ai fait la découverte et intégré l’Espace Ami des Enfants (EAE) Continuum 1 de Zimtenga. J’avais besoin d’écoute, de protection et d’un accompagnement pour faire respecter mes droits et reconstruire ma vie.

- Quels changements positifs as-tu observé dans ta vie depuis que le projet intervient dans votre communauté ?
Depuis que j’ai intégré l’Espace Ami des Enfants (EAE), j’ai commencé à percevoir des changements positifs dans ma vie. Cependant, mes absences fréquentes aux animations ont suscité l’inquiétude de l’animateur qui m’a approché pour comprendre ce qui n’allait pas. C’est à ce moment que je lui ai confié ma situation.
À la suite de ces échanges, mon cas a été référé aux services de l’Action sociale pour une prise en charge adaptée. Plusieurs fois, les travailleurs sociaux, l’animateur et le président de la cellule communautaire de protection de l’enfant se sont rendus dans ma famille pour discuter avec elle. Ils ont d’abord cherché à comprendre ma situation afin de trouver la meilleure solution pour moi, tout en respectant mes intérêts et ma protection.
Lors de leurs différentes visites, ils ont sensibilisé ma famille aux conséquences de leur décision de me marier à un si jeune âge. Ils ont expliqué que cette pratique est non seulement contraire à la loi. Ils ont expliqué qu’une telle action pourrait également entraîner des poursuites judiciaires parce que le mariage d’enfant est puni par la loi.
À la suite de ces différents échanges et sensibilisations, ma famille a finalement compris ma situation. Les travailleurs sociaux se sont accordés avec les membres de ma famille de me placer dans une famille d’accueil. Ils ont expliqué que ce cadre serait bénéfique pour mon bien-être et mon développement personnel.
Après tant de souffrance, j’ai enfin ressenti de la joie. Grâce à l’accompagnement des travailleurs sociaux, de l’animateur, de la CCPE et de ma famille d’accueil, j’ envisage désormais l’avenir avec optimisme. Ce nouveau chapitre de ma vie est marqué par l’espoir et la possibilité de réaliser mes rêves. Je suis profondément reconnaissante envers toutes ces personnes qui ont œuvré à ce que cela soit possible.
- As-tu des suggestions pour le projet ?
Je souhaiterais bénéficier d’un accompagnement pour l’apprentissage d’un métier. En effet, acquérir des compétences pratiques et techniques est essentiel pour construire un avenir stable et autonome. Je crois fermement que cet accompagnement pourrait être un atout précieux pour m’aider à réaliser mes ambitions et à contribuer positivement à ma communauté.