Lorsque des dispositifs et des services adéquats sont mis en place pour accueillir et prendre en charge des enfants ayant vécu des évènements traumatisants dans des contextes d’urgence, cela leur permet de recouvrer leur équilibre mental, d’avoir à nouveau confiance en eux-mêmes et de prendre part, en tant qu’acteurs actifs, à la vie de leur communauté. En effet, un enfant fréquentant l’Espace Ami des Enfants de Nasséré à travers un récit de vie indique comment les activités du projet JF-FS & CPiE ont contribué à son bien être psychosocial. Il s’agit d’une histoire de vie d’une adolescente issue de la communauté hôte, victime de violence, notamment des cas de maltraitances.
Je m’appelle Samira. J’ai 11 ans.
Il y a deux ans, ma mère m’a confiée à sa marâtre, que j’appelle ma “petite grand-mère”. J’ai été exposée à différentes formes de violence : privations de repas, insultes, humiliations, négligence et coups, au point de risquer de perdre un œil. J’ai encore des cicatrices liées à ces événements.
Face à une situation de plus en plus difficile, j’ai décidé de rechercher ma mère l’année dernière, espérant qu’elle pourrait m’aider à améliorer ma situation. Malheureusement, lorsque je l’ai retrouvée, elle m’a révélé que l’homme avec qui elle vit n’est pas mon père biologique et qu’elle ne pouvait pas me prendre avec elle. Ses propos m’ont profondément touchée. À partir de ce moment-là, je me suis sentie mise à l’écart et je ne savais pas à qui me confier. Le temps a passé, mais ma situation à la maison restait difficile. J’ai alors commencé à fréquenter des maquis[1], des marchés et des lieux de travail, pour demander de quoi manger. J’ai souvent dormi dans la rue, parfois chez des inconnus. J’ai vécu pendant une semaine hors de la maison sans que mes grands-parents ne s’inquiètent de mon sort. Lorsque je suis finalement rentrée chez moi, les enfants de ma grand-mère m’ont battue jusqu’à ce que des voisins interviennent pour me sauver.
[1] Débit de boissons.

Ce qui m’affecte le plus, c’est d’entendre ma propre grand-mère me dire chaque jour que je suis un enfant sans père. Elle affirme que ma mère s’est donnée à des inconnus pour me mettre au monde. Elle me dit souvent que je serai comme ma mère, que je ferais également des enfants sans père et que je finirai ma vie dans la rue comme une prostituée. Partout où je vais, les adultes et mes camarades me rappellent que je suis sans père. Je n‘ai jamais connu mon géniteur. Cela me rend profondément triste et affecte mon quotidien.
La tantie (l’animatrice Nasséré), connaissant ma situation, m’a invitée à participer aux activités de l’Espace Ami des Enfants Don Bosco. Mon premier jour à l’Espace Amis des Enfants Don Bosco l’EAE, je pensais que tout le monde connaissait mon histoire. Avec le temps, je me suis rendu compte que ce n’était pas le cas. L’animatrice a rapidement remarqué que je ne me comportais pas comme les autres enfants. a progressivement gagné ma confiance et m’a amenée à m’ouvrir à elle. Je lui parlais souvent de mes difficultés et elle m’écoutait avec bienveillance. Chaque fois que je venais à l’EAE, elle me réconfortait avec des paroles douces et encourageantes, ce qui m’a permis de me sentir un peu plus en sécurité et aimée. Je commence à éprouver du plaisir à participer aux différents jeux avec mes nouveaux amis. Malgré ces changements positifs, quelque chose ne va toujours pas. Je ressens un véritable manque lié au fait que je ne sais rien de mon père. Souvent, je me perds dans des réflexions sur les mots de ma grand-mère, “un enfant sans père”, et je deviens triste. Depuis mon enfance, je n’ai jamais eu mes propres vêtements ni mes propres chaussures. Tous mes habits m’ont été offert par des voisins et des personnes de bonne volonté. Ces vêtements sont souvent trop grands pour moi, ce qui m’expose aux moqueries de mes camarades.

A ma grande surprise, l’animatrice du projet est venue chez moi pour parler à ma grand-mère. Elle lui a annoncé son intention de m’inscrire à l’école de la Stratégie de Scolarisation Accélérée par les Passerelles (SSAP). J’étais à la fois anxieuse et pleine d’espoir. Ma grand-mère, s’est d’abord montrée réticente, avant de finalement donner son accord. Elle a rappelé que je suis un “enfant sans père”. Mais, elle a accepté de m’inscrire.
Lorsque l’école a commencé, j’étais heureuse d’apprendre de nouvelles choses et rencontrer de nouveaux amis. J’ai compris que j’avais une chance de sortir de ma situation et d’avoir un avenir. Je suis déterminée à travailler dur. L’animatrice a aussi pris le temps d’expliquer à ma grand-mère comment soutenir un enfant dans ma situation sans le perturber davantage. C’est à partir de ce moment qu’elle a commencé à me traiter comme l’une de ses propres enfants.

Au cours des deux premiers trimestres, j’ai obtenu une moyenne de 8 sur 10 me classant respectivement 10e et 8e rang de ma classe sur un effectif de 30 élèves. Ces résultats ont renforcé ma confiance en moi. Je ressens de la joie à chaque fois que je vois l’animatrice. Elle continue de me soutenir et s’informe régulièrement sur mes résultats scolaires.
Aussi, l’animatrice a pris l’initiative de contacter ma mère pour obtenir des informations sur ma filiation afin de pouvoir m’établir un extrait de naissance. À l’issue de ces échanges, ma mère a contacté mon père pour établir mon extrait de naissance. Elle m’a même promis qu’à la fin de l’année scolaire, je pourrais le rejoindre. Cette nouvelle me réjouit. Je suis impatience de pouvoir enfin le connaitre. L’idée de pouvoir retrouver mon père et de commencer une nouvelle vie avec lui me donne de l’espoir. Je ressens enfin que je suis sur le chemin d’un avenir meilleur, entourée de personnes qui se soucient de moi et qui veulent m’aider à avancer. Tout ceci a été possible grâce au projet et à l’engagement de l’animatrice. Je suis vraiment reconnaissante pour cela. La tantie prend régulièrement de mes nouvelles, tant à la maison qu’à l’école, ce qui me réconforte beaucoup. Je souhaiterais que le projet continue d’aider les enfants qui sont dans me situation Je suis pleine d’espoir et je crois que, grâce à l’école et au soutien familial, je pourrai réaliser mes rêves.


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