La mise en place de dispositifs et de services adaptés au sein des communautés permet d’identifier, orienter et accompagner les enfants affectés par les violences et les déplacements en situation d’urgence. Elle favorise leur rétablissement psychologique, leur estime de soi et leur participation à la vie sociale. C’est l’histoire de Salif[i], un adolescent de 16 ans, originaire du village de Guiendbila[ii], Burkina Faso.
Madame Haoua, âgée de 55 ans, une personne déplacée interne résidant dans la ville de Djibo, a été contrainte de quitter son village d’origine en 2021 à la suite de la dégradation de la situation sécuritaire dans sa localité. Comme de nombreuses familles affectées par la crise, elle a perdu ses moyens d’existence et s’est retrouvée confrontée à des conditions de vie précaires dans sa commune d’accueil.
Aujourd’hui, elle vit avec une partie de sa famille, composée notamment de sa belle-fille et de ses petits enfants. La réduction des opportunités économiques et l’absence de revenus stables ont poussé les autres membres du ménage à quitter la ville à la recherche de meilleures perspectives. Haoua porte ainsi le poids de l’exil et de la précarité, tout en essayant de maintenir un semblant de stabilité et de cohésion familiale pour ceux qui sont restés auprès d’elle.
Ce déplacement forcé a été marqué par un profond traumatisme. Avant son déplacement, son ménage vivait principalement de l’élevage, qui constituait sa principale source de revenus et de sécurité alimentaire. Toutefois, le déplacement forcé a profondément bouleversé cet équilibre, plongeant la famille dans une situation marquée par l’incertitude et la dépendance à l’aide humanitaire. Bien qu’elle ait bénéficié d’une assistance alimentaire temporaire de l’état à son arrivée, les besoins restaient importants en raison de l’absence d’activités génératrices de revenus durables.
Bénéficiaire de kit de culture hors sol
Dans le cadre des actions de relèvement économique mises en œuvre par WeWorld, Madame H. a été sélectionnée pour participer à une formation de trois jours sur les techniques de compostage et de culture hors sol. Cette activité visait à renforcer les capacités des ménages vulnérables en leur offrant des alternatives de production adaptées au contexte de déplacement et aux contraintes environnementales de la zone. Cette initiative visait non seulement à renforcer ses capacités dans une nouvelle pratique agricole, mais aussi à lui fournir un kit de production afin de soutenir sa résilience et son relèvement économique.
Durant la formation, Haoua s’est montrée particulièrement motivée et attentive. Elle n’hésitait pas à poser des questions au formateur pour lever ses incompréhensions, preuve de son engagement à maîtriser ces nouvelles techniques.
Les résultats ont été rapidement visibles. Grâce aux techniques apprises, Madame H. a pu produire plusieurs variétés de cultures maraîchères, notamment de l’oignon, de la tomate et de l’oseille. Cette production a considérablement amélioré la disponibilité alimentaire du ménage en réduisant les dépenses consacrées à l’achat de légumes. Le surplus récolté a été vendu sur le marché local, générant ainsi des revenus complémentaires qui ont contribué à couvrir d’autres besoins essentiels de la famille.
Au-delà de l’amélioration de la sécurité alimentaire, cette activité a permis à Madame H. de retrouver confiance en ses capacités et de renforcer son autonomie économique. Elle considère aujourd’hui cette initiative comme une opportunité qui lui a permis de passer progressivement d’une situation de dépendance à une dynamique plus durable de résilience.
Évoquant les changements intervenus dans sa vie, elle témoigne :« Cette initiative a contribué positivement au bien-être de nos membres. Avant, même si nous recevions des dons alimentaires, nous n’avions aucun moyen de répondre à nos autres besoins essentiels. Mais grâce à cette formation et à la dotation, je parviens désormais à mieux subvenir aux besoins de ma famille. »
Cette étude de cas met en évidence l’importance des activités génératrices de revenus dans un contexte marqué par l’insécurité et la précarité à Djibo. Pour de nombreux ménages, ces initiatives ne représentent pas seulement un soutien matériel, mais un véritable levier de transformation sociale et économique.
Elles contribuent à redonner confiance et espoir aux familles, en leur offrant la possibilité de subvenir elles-mêmes à leurs besoins essentiels. Au-delà de l’amélioration des conditions de vie, ces assistances participent à un changement positif du quotidien, en renforçant la résilience et en réduisant la dépendance aux aides alimentaires.
Ainsi, l’expérience de Haoua illustre parfaitement comment une intervention ciblée peut transformer la vulnérabilité en opportunité, et ouvrir la voie vers une autonomie progressive malgré les défis persistants.
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