Joining Forces for Food Security and Child Protection in Emergencies / Central African Republic

Le choix de Sophie : briser le cycle de la violence pour protéger ses filles 

Au cœur de la République centrafricaine, dans la zone post-conflit de Bossangoa, les cicatrices de la violence marquent non seulement les bâtiments, mais aussi les foyers et les esprits. Ici, le traumatisme reste un fardeau invisible, souvent exprimé par des tensions familiales, des pratiques parentales rigides, ou des violences conjugales. Dans cet environnement fragile, les femmes et les enfants continuent de porter le plus lourd tribut. 

C’est l’histoire de Claudette*, une mère de 25 ans, avec deux petites filles. Pendant cinq ans, elle a vécu en union libre avec son conjoint dans le village de Gbatong-Bea, à 17 kilomètres de Bossangoa. Leur quotidien était marqué par une précarité extrême : son conjoint ne menait aucune activité génératrice de revenus, et c’est elle qui subvenait seule aux besoins essentiels de la famille. Malgré tous ses efforts, Claudette était quotidiennement victime de violences physiques et psychologiques. Ne pouvant plus supporter cette situation, elle a fini par quitter son conjoint pour rejoindre sa famille élargie. 

Le 3 février 2025, un malentendu banal a déclenché une scène d’une rare violence. Alors que Claudette était allée puiser de l’eau, son plus jeune enfant est tombé aux côtés du père. À son retour, celui-ci l’a violemment agressée, la frappant au visage, provoquant des blessures graves aux lèvres, un œil tuméfié et des enflures aux bras. 

Ce n’était pas un cas isolé de violence basée sur le genre, mais bien le reflet d’un traumatisme enraciné dans une communauté marquée par des années de conflit, où l’accès à la santé mentale est quasi inexistant et où la violence s’immisce souvent dans la sphère domestique, affectant également le bien-être des enfants.  

Heureusement, le cas de Claudette n’est pas passé inaperçu. Grâce au système communautaire de protection soutenu par le projet JF-FS&CPiE, mis en œuvre par SOS Villages d’Enfants, sa situation a été signalée par le comité local de protection de l’enfance (RECOPE) et référée à un agent psychosocial. 

Une prise en charge médicale d’urgence a été immédiatement mise en place afin de soulager ses douleurs et stabiliser son état. Claudette a été transportée à l’hôpital pour recevoir les soins nécessaires, notamment pour ses blessures ophtalmologiques et les coups subis au visage et aux bras. Elle a également reçu un kit de dignité, indispensable pour préserver son intimité et son estime de soi. 

Une prise en charge psychosociale a ensuite été entamée. Au début, Claudette était très timide, souvent submergée par la tristesse. Mais grâce à un accompagnement régulier et à l’appui matériel, elle a progressivement repris confiance. L’octroi d’une aide financière non conditionnelle lui a permis de répondre à ses besoins prioritaires, en toute autonomie, sans dépendre de son agresseur. Elle a pu acheter des vivres, prendre soin de ses enfants et recommencer à envisager un avenir. 

Aujourd’hui, Claudette n’est plus la femme meurtrie, silencieuse et apeurée qu’elle était à son arrivée. Ses blessures physiques ont guéri, sa vue s’est améliorée et elle ne ressent plus les douleurs intenses qui l’accablaient. Elle a repris ses activités quotidiennes et vit désormais en paix avec sa famille élargie, à l’abri de la violence. 

L’histoire de Claudette est le reflet de nombreuses autres dans les communautés que nous servons — des récits qui montrent à quel point la violence basée sur le genre est profondément liée à la pauvreté, à la protection de l’enfance et à la fragilité communautaire. Mais son courage témoigne aussi de ce qui devient possible quand les survivantes sont écoutées, accompagnées avec dignité et soutenues par des moyens concrets pour se reconstruire. 

Dans des contextes où la paix reste fragile et le traumatisme omniprésent, le projet JF-FS&CPiE continue de semer des graines d’espoir — en rappelant que si la violence peut être transmise, la résilience peut l’être aussi. 

*Pas son vrai nom


German Humanitarian Assistance

This publication was produced with the financial support of the German Humanitarian Assistance
Its contents are the sole responsibility of Joining Forces and do not necessarily reflect the views of the German Humanitarian Assistance.