
Le projet Joining Forces for Food Security and Child Protection in Emergencies a pour ambition de réduire la violence, les abus, la négligence et l’exploitation des enfants touchés par les crises et l’insécurité alimentaire, en tirant parti des programmes de sécurité alimentaire et de nutrition pour améliorer la protection et le bien-être des enfants. Tout en minimisant le risque de causer des dommages dans le processus. Dans la commune de Kaya, Sidpayete, une mère déplacée de Barsalogho, Burkina Faso, installée sur le site d’accueil des PDI sougre-nooma du secteur 4 en septembre 2024, témoigne de son impact. Grâce aux activités génératrices de revenus et au programme de parentalité positive, elle a renforcé ses capacités et compétences, consolidé sa résilience et amélioré le quotidien de sa famille en termes d’alimentation et d’éducation.
Est-ce que vous pouvez vous présenter et nous dire quels problèmes vous ont amené dans la commune de Kaya ? et qu’est-ce que vous faisiez avant de participer au projet ?
Je me nomme Sidpayete[i]. Je suis originaire d’un village situé à 10 kilomètres de Barsalogho[ii], une commune située à 50 kilomètres de la ville de Kaya. Je me suis déplacée à Kaya avec mon mari et nos 3 enfants (2 garçons et 1 fille) âgés de 13 à 16 ans. Nous sommes partis à la suite d’une attaque d‘un groupe armé terroriste contre notre commune en d’août 2024. Ces évènements ont coûté la vie au petit frère de mon mari et obligé la population à partir. Nous avons fui notre domicile à l’aube, abandonnant tous nos biens derrière nous. Tous nos documents personnels, notre bétail, nos vivres… tout est resté dans le village. Quand nous sommes arrivés à Kaya, nous avons été accueillis par une proche chez qui nous avons habité pendant deux semaines. Mon mari s’est ensuite fait enregistrer auprès des services sociaux. Par la suite, un agent social nous a conduit dans le site d’accueil des PDI sougre-nooma[iii] du secteur 4 de Kaya où une tente nous a été attribuée.
Avant la crise sécuritaire, nous vivions paisiblement dans notre village. Pendant la saison des pluies, je cultivais la terre. Pendant la saison sèche, je me rendais sur un site d’orpaillage non loin de nos habitations avec d’autres femmes du village. Mon mari travaillait également dans ce site d’orpaillage. Il creusait les galeries, remontait les sacs de terre qu’il vannait ensuite pour chercher de l’or. Les jours de marché, je vendais des tourteaux et de la patte d’arachide, ce qui me procurait des revenus réguliers.
Ces activités nous permettaient de subvenir aux besoins de notre famille : acheter des vivres lors des périodes de soudure, scolariser deux de nos enfants et payer leurs soins de santé. Malheureusement, la dégradation de la situation sécuritaire nous a contraint à tout abandonner pour sauver nos vies et celles de nos enfants.
Une fois à Kaya, notre quotidien était extrêmement difficile. Ici, tout est payant. Confronté au stress et incapable de faire face aux charges quotidiennes de la famille, mon époux s’est résolu, en octobre 2024, à aller travailler dans un site d’orpaillage à Boromo, dans l’ouest du pays. En décembre de la même année, un éboulement s’est produit dans la galerie où il travaillait, lui coûtant la vie. Depuis lors, je me retrouve donc seule, livrée à moi-même, à devoir élever et protéger nos enfants.
Depuis le décès de mon mari, j’ai le sentiment d’avoir perdu une partie de moi-même. Je suis rongée par le chagrin . Je fais la lessive de maison en maison contre quelques pièces d’argent. C’est cette activité qui me permet de payer quelques vivres et de payer la scolarité de deux enfants.

Qu’est-ce qui a changé positivement dans votre vie grâce au projet ? Qu’est-ce que vous avez accompli en tant que mère d’enfant grâce au projet ?
En janvier 2025, le projet a organisé une assemblée générale des enfants du quartier du site d’accueil des PDI Sougre-Nooma, au secteur 4,[iv] . La rencontre a abouti à la mise en place d’un club d’enfants. Un de mes enfants a été élu vice-président par les autres enfants. Après cette élection, le projet a organisé une réunion avec les parents des enfants membres du club. Trois responsables du projet ont échangé avec nous sur les activités du projet. Ils nous ont expliqué les activités qui seront organisées dans le cadre du projet avec nos enfants et nous-mêmes les parents. Après cela, nous avons convenu ensemble d’un programme pour tenir nos sessions de parentalité positive. J’ai été désignée adjointe du président de notre groupe. Au total, 10 ateliers de parentalité positive ont été organisés. Le début n’a pas été facile parce que chaque semaine, je devais concilier mes activités da lessive dans les familles et ma participation à l’atelier de parentalité positive . Je n’étais pas confiante. Ce qui m’a encouragé à participer régulièrement, ce sont d’abord les thèmes abordés. Je retrouvais progressivement confiance en moi. Nos échanges hebdomadaires nous aidaient à dissiper la peur, l’angoisse et le stress de nos quotidiens. En écoutant aussi certains récits d’autres membres du groupe, j’ai renforcé mes compétences à affronter la peur et l’anxiété pour le bien-être de mes enfants.
Grâce à nos moments de discussion, j’ai repris confiance en moi et acquis des connaissances qui m’ont permis de me sentir beaucoup moins stressée qu’auparavant. Les compétences que j’ai acquises m’aident à rassurer mes enfants. J’entretien une communication ouverte et mutuellement respectueuse avec eux. J’ai aussi appris à les aider à reconnaître et à exprimer leurs besoins de manière saine, simple et courtoise.
Cette qualité de communication m’a aidée à convaincre mon fils aîné âgé de 16 ans. Influencé par un orpailleur, il voulait à tout prix se rendre sur un site d’orpaillage au Mali, alors qu’il passe en classe de 3ème cette année. Une nuit, alors que tout le monde dormait, mon fils m’avait réveillée pour me dire : « Maman, je ne veux plus que vous souffriez autant. Pour cela, je vais aller chercher de l’or dans les sites d’orpaillage comme mes camarades qui y vont et reviennent avec de l’argent. Ils achètent des vivres pour soutenir leurs parents. Personne ne viendra nous aider, il faut que j’y aille. ».
Je suis restée quelques instants sans voix. Puis, me rappelant les enseignements de nos sessions, je l’ai encouragé à rester concentré sur ses études. Je sais qu’il est intelligent, qu’il réussira ses examens et qu’il aura plus tard un bon emploi. Je l’ai également rassuré en lui disant que notre situation finirait par s’améliorer. Au début, il ne voulait pas m’écouter et il s’est montré distant pendant une semaine. Les soirs après le repas, il sortait la nuit et je le suivais de peur qu’il ne s’enfuie avec l’orpailleur qui venait chaque soir sur le site d’accueil des PDI. J’ai interpellé le président du comité des PDI sur le sujet et celui-ci m’a aidé à surveiller mon aîné les soir quand
En plus, dans le cadre du projet, j’ai bénéficié de deux moutons (un mâle et une femelle) pour faire l’élevage. Cela a été un immense soulagement pour nous. Mon fils aîné a été rassuré et est désormais beaucoup plus dévoué à ses études. Il a abandonné son projet de voyage. Chaque soir, il sort avec ses cahiers et étudie sous les lampadaires du site d’accueil, car il prépare son examen de BEPC[v] prévu pour le mois de juin.
Aujourd’hui, je ressens une immense fierté. Ce projet a positivement changé ma vie, bien au-delà de ce que les mots peuvent exprimer.

Quelles sont vos perspectives les plus importantes pour votre avenir et celui de votre communauté ? Comment envisagez-vous votre avenir, celui de vos enfants, de votre famille et de votre communauté après le projet ?
Je me sens très épanouie aujourd’hui. J’ai réussi à intégrer un groupe de parents, composé de femmes déplacées internes et de membres de la communauté hôte avec qui j’ai tissé de bonnes relations. Je ne suis plus stressée et j’ai retrouvé confiance en moi. Le dialogue avec mes enfants s’est amélioré. Nous échangeons tous les soirs après le repas. Mon fils ainé, avec qui j’échange régulièrement sur notre quotidien, a redoublé d’efforts dans ses études et me fait confiance.
Mon souhait le plus ardent est qu’il ait une autre phase du projet afin que davantage de personnes qui souffrent silencieusement puissent être soutenus. Beaucoup de personnes, parmi lesquelles des veuves délaissées par leurs belles-familles, ne bénéficient pas d’aide. Je dis cela, parce qu’avec mes compétences sur la parentalité positive, j’écoute et conseilles des femmes qui vivent des situations difficiles dans le site d’accueil des PDI mais aussi dans la communauté hôtes.
[i] Nom d’emprunt. En langue mooré, “Sidpayété” est un patronyme et un prénom qui porte un message fort lié à l’acceptation et à l’honneur d’une famille et de sa lignée.
[ii] Barsalogho est une commune de la province du Sanmatenga située à 50 kilomètres de Kaya. La commune a été mainte fois attaquée par des groupes armés terroristes, occasionnant des déplacements massifs de populations vers d’autres communes de la province de Sandbondtenga.
[iii] Le site d’accueil des PDI Sougre-nooma a été installé en 2019, dès les premiers déplacements de populations vers la commune de Kaya. Des tentes ont été installées par UNHCR en collaboration avec les services techniques du ministère en charge de la famille et de la solidarité nationale. Ce site accueil des populations en déplacement en provenance de 9 communes de la province de Sandbondtenga qui ont connu des attaques terroristes.
[v] Le BEPC (Brevet d’Etude du Premier Cycle) est un diplôme qui sanctionne la fin des études du premier cycle secondaire au Burkina Faso. Il est obtenu à la suite à un examen national.

This publication was produced with the financial support of the German Humanitarian Assistance
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