La mise en place de dispositifs et de services adaptés au sein des communautés permet d’identifier, orienter et accompagner les enfants affectés par les violences et les déplacements en situation d’urgence. Elle favorise leur rétablissement psychologique, leur estime de soi et leur participation à la vie sociale. C’est l’histoire de Salif[i], un adolescent de 16 ans, originaire du village de Guiendbila[ii], Burkina Faso.
Après plusieurs déplacements liés à l’insécurité, Salif a séjourné dans un village de la commune de Boromo, à environ 325 kilomètres de Kaya, en 2021.
Est-ce que tu peux nous dire quels problèmes t’ont amené dans la commune de Kaya ? et qu’est-ce que tu faisais dans la ville avant de participer au projet ?
Je m’appelle Salif, j’ai 16 ans et je suis originaire du village de Guiendbila, dans la commune rurale de Barsalogho. Je suis arrivé à Kaya en novembre 2020 avec mes parents, mes frères, mes sœurs et mes oncles. Un soir, des groupes armés ont fait irruption dans notre village. Ils tiraient, la population était en fuite, plusieurs personnes ont été tuées et du bétail a été emporté.
Après le départ des assaillants, la population restante la population restante a été contrainte de quitter le village, par crainte d’une nouvelle attaque, pour chercher refuge dans la ville de Barsalogho. À notre arrivée à Barsalogho, mes parents et moi avons été accueillis dans un site d’accueil des PDI où nous sommes restés pendant 3 mois. Malgré les efforts des acteurs humanitaires, les conditions de vie restaient précaires et je suis tombé malade. Mes parents ne disposaient pas des ressources nécessaires pour me soigner immédiatement. Cette période a été particulièrement éprouvante pour moi. À la suite d’une attaque terroriste qui a visé Barsalogho vers la fin du mois de janvier, nous nous sommes de nouveau déplacé, ma famille et moi dans la ville de Kaya.

Partis de Barsalogho pendant une nuit de janvier 2020, c’est à l’aube que nous sommes arrivés à Kaya. Mes oncles qui sont venus nous accueillir à l’entrée de la ville. Lors de notre premier déplacement en nombre, mes oncles par crainte d’autres attaques terroristes, avaient préféré continuer à Kaya où ils avaient été accueillis sur le site d’accueil sougre-nooma des PDI au secteur 4 de Kaya.
Dès notre arrivée sur le site d’accueil des PDI, nous avons été enregistrés par les travailleurs sociaux qui nous a donné une tente. Les conditions de vie dans les sites d’accueil des PDI sont difficiles. Pendant la saison pluvieuse, le sol reste humide et le sommeil est souvent perturbé. Mes parents n’avaient pas de vivres ni de ressources pour couvrir nos besoins essentiels. Il était difficile pour mes parents de couvrir l’ensemble de nos besoins essentiels, notamment en nourriture, pour mes petits frères et sœurs.
La situation de ma famille m’inquiétait beaucoup et je me sentais sans solution à ce moment-là. C’est alors que j’ai décidé de partir avec mes oncles pour travailler dans un site d’orpaillage situé dans le village de Siby[iii], dans la province des Balé, dans l’ouest du pays. Là-bas, je vannais la terre, j’allais chercher de l’eau dans les mares et je lavais les mottes de terre pour rechercher l’or. Comme d’autres enfants de mon âge, je travaillais de longues journées, parfois jusqu’à 21 heures. La charge de travail était importante pour mon âge. Le soir au couché, je me sentais très fatigué. J’ai travaillé dans ces conditions pendant deux années entre 2020 et 2022. J’ai quitté l’orpaillage en septembre 2022, lorsque mon état de santé s’est fortement dégradé. Mes oncles, inquiets pour ma santé, m’ont ramené à Kaya auprès de mes parents qui m’ont soigné. Quand j’ai recouvré la santé, ont proposé de me ramener dans le site d’orpaillage mais mes parents ont refusé. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à participer régulièrement aux activités de l’espace ami des enfants installé par le projet dans le site d’accueil sougre-nooma des PDI du secteur 4.

Qu’est-ce qui a changé positivement dans ta vie grâce au projet ? Qu’as-tu accompli en tant que membre du club et bénéficiaire direct du projet ?
J’ai commencé à participer aux activités du projet vers la fin du mois de septembre 2022. Quand mes parents ont décidé de me réinscrire à l’école à la rentrée d’octobre. Avant le mois d’octobre, mes parents avaient eu des échanges avec le personnel du projet sur ma situation. Ceux-ci, après avoir échangé également avec moi, m’ont référé au gestionnaire du site. Depuis lors, je participe régulièrement aux causeries éducatives et aux animations psychosociales de l’espace ami des enfants et aux activités du club des enfants.
En participant aux différentes activités du projet, j’ai acquis de nouvelles connaissances et compétences. À travers les activités manuelles dans l’espace ami des enfants, j’ai appris à dessiner et à animer des causeries sur les conséquences du mariage d’enfant et du travail des enfants, notamment les risques liés au travail dans les sites d’orpaillage.
En janvier 2023, lors de l’assemblée générale organisé pour la création du club d’enfants du secteur 4, j’ai été élu président du club par mes camarades. J’en ai été très fier. A travers les sessions de compétence de vie, j’ai appris à mieux gérer mon stress et à améliorer mes relations avec mes amis et mes parents qui participent eux aussi aux sessions de parentalité positive. Au cours des précédentes distribution des kits de dignité, les garçons n’était pas pris en compte. Seules les filles en bénéficiaient. Je trouvais cela anormal. A l’occasion des rencontres de feedbacks et autres occasions de remontées d’informations, j’ai suggéré aux agents du projet de prendre également en compte les garçons, par souci d’équité, en adaptant le contenu des kits.

Au cours de la récente distribution de kits, j’ai constaté que mes suggestions ont été prises en compte. Les garçons ont reçu kits d’hygiène composés d’un sac, d’une brosse à dent, de pâte dentifrice, de deux complets de maillots et de trois boules de savon. Je suis content. Après avoir travaillé dans un site d’orpaillage, je suis aujourd’hui engagé comme acteur de protection des enfants au sein de ma communauté.
En octobre 2023, j’ai repris le chemin de l’école grâce l’intervention du projet et des travailleurs sociaux. Mes résultats scolaires sont jugés encourageants. A la fin de l’année scolaire, j’ai classé 2e de ma classe avec de moyenne de 17 sur 20. J’ai particulièrement de bonnes notes en mathématiques, en français et dans les autres matières. Mes enseignants et mes parents reconnaissent mes efforts. Ils m’encouragent et me donnent des conseils pour poursuivre dans cette voie. Cette année, je suis inscrit en classe de 5e Plus tard, je souhaiterais être un agent de santé.
Comment envisages-tu ton avenir et celui de ta famille/communauté après le projet ? Depuis que je participe aux activités du projet, je me suis fait des amis. Je me sens plus serein qu’à mon arrivée à Kaya. Je suis à présent un pair éducateur dans notre site d’accueil des PDI et une référence pour les parents. Certains ont même retiré leur enfant des sites d’orpaillage. J’envisage de continuer l’école, d’apprendre mes leçons, de réussir aux examens scolaires pour devenir médecin soignant. Je souhaite aussi continuer à sensibiliser mes camarades aux risques liés au travail dans les sites d’orpaillage, aux conséquences du mariage d’enfant et à d’autres formes de violences et d’abus dont les enfants et les jeunes peuvent être victimes.

[i] Nom d’emprunt de l’enfant.
[ii] Guiendbila est un village dans la commune rurale de Barsalogho. Il est situé à 70 kilomètres de Kaya
[iii] Sibi est un village de la commune de Boromo qui regorge de sites d’orpaillage artisanaux. Il est situé à environ 325 kilomètres de Kaya. Les orpailleurs utilisent des enfants pour la rentrée dans les trous, le vannage, le lavage et l’utilisation des produits toxiques pour le lavage du métal jaune (or).

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